Une part significative de nos pratiques en éducation de la petite enfance est profondément modelée par ce que nous avons hérité : les théories fondatrices, les politiques établies, l’influence de nos mentors, les structures institutionnelles et les représentations culturelles ambiantes. Ces héritages, souvent subtils, sont fréquemment considérés comme des acquis. Pourtant, leur impact est capital.

À l’ECPN, nous conceptualisons les actes d’ébranler et d’interrompre comme des pratiques pédagogiques essentielles, ancrées dans une réflexion éthique constante. Ces pratiques exigent que nous remettions continuellement en question les méthodes et les compréhensions dominantes en éducation de la petite enfance, afin d’ouvrir un espace critique propice à l’expérimentation et à la transformation.

Clarifier les Logiques et les Discours

Les Logiques

Les logiques sont les systèmes de pensée sous-jacents qui guident discrètement l’éducation. Considérés comme allant de soi, les logiques définissent ce qui est jugé normal, valable ou possible. Elles influencent notre perception de l’enfant, l’aménagement des environnements d’apprentissage et la définition même de la réussite éducative. Par exemple :

  • Les logiques développementales tendent à percevoir les enfants comme progressant selon un cheminement linéaire et universel.
  • Les logiques néolibérales définissent, quant à elles, l’éducation en termes stricts d’efficacité, de résultats mesurables et de valeur marchande.

Les Discours

Les discours sont les récits et les conversations (exprimés ou implicites) qui organisent les idées, les valeurs et les croyances. En orientant subtilement notre manière d’appréhender le monde, les discours modèlent ce que nous tenons pour normal, souhaitable ou possible d’atteindre.

Par exemple, dans le contexte de l’éducation de la petite enfance, les discours, tels que « le développement harmonieux de l’enfant » ou « la préparation à l’école » deviennent souvent dominants; ils dirigent alors les décisions concernant le contenu des apprentissages, les comportements attendus, etc. Ces discours dominants peuvent étouffer d‘autres façons d’apprendre, d’être et d’interagir.

Une pratique de questionnement continu

Ébranler ou interrompre est une invitation radicale à considérer l’importance cruciale du contexte et à admettre que les « vérités » en matière d’éducation ne sont jamais neutres ni universelles.

Travailler sous cet angle signifie intégrer le questionnement comme une composante intrinsèque de notre pratique quotidienne. C’est une démarche pour s’assurer que les postulats considérés comme des évidences — les fameuses « meilleures manières de faire » — ne s’enracinent pas au point de devenir des dogmes immuables.

Prendre conscience des héritages acquis

Ces pratiques nous engagent à une vigilance particulière sur ce qui est communément tenu pour acquis et établi :

  • Quelles idées préconçues guident, à notre insu, nos décisions pédagogiques ?
  • Quelles routines sont devenues des automatismes, et pourquoi les perpétuons-nous ?
  • Quelles autres voies pourraient nous permettre de mettre en œuvre nos préoccupations et intérêts pédagogiques avec plus de pertinence ?

Quels héritages reconnaissez-vous dans votre pratique, et que choisissez-vous de conserver, de perturber ou de réinventer?

Vous aimeriez partager votre expérience ou approfondir ce sujet? N’hésitez pas à vous envoyer vos commentaires par courriel à ccrr.franco.coordination@fpfcb.bc.ca

Notre centre, sans avoir l’appellation garderie nature, se veut toutefois une garderie qui préconise l’utilisation de notre environnement extérieur. Notre centre n’est pas très loin de la forêt et de la plage, et je dois dire que nous maximisons cet espace. J’ai remarqué, ces dernières années, à quel point la nature a un effet bénéfique non seulement sur les enfants, mais aussi sur les éducateurs. Sans les contraintes d’être entre quatre murs, les enfants semblent paisibles et libres d’explorer.

Nous nous soucions aussi de nos intentions lorsque nous partons en aventure. Nous apportons des outils (marteau, pelle, seau, ciseaux) qui nous semblent pertinents pour l’exploration en nature et qui soutiennent l’intérêt des enfants. Ces aventures se reflètent aussi à l’intérieur de notre centre, car nous nous assurons de disposer d’éléments qui les prolongent.

Les enfants sont conscients de leur environnement et découvrent comment nous pouvons avoir un impact réel sur le monde. En collaboration, nous investiguons la faune et la flore qui nous entourent, et nous établissons un vocabulaire qui permet aux enfants de créer un lien les sensibilisant à leur environnement.

Vous aimeriez être la prochaine éducatrice ou le prochain éducateur à partager une pratique inspirante avec la communauté via notre infolettre? Écrivez-nous à ccrr.franco.coordination@fpfcb.bc.ca!

Le cours Nurturing Childhoods Through Indigenous Ways of Knowing peut être suivi à votre rythme, en ligne. Son objectif : « Explorer des enseignements, des stratégies et des ressources qui soutiennent l’intégration des savoirs autochtones dans les environnements d’apprentissage à la petite enfance ».

Les savoirs, pratiques et perspectives autochtones abordés dans cette formation encouragent des approches culturellement adaptées pour soutenir les enfants autochtones et non autochtones, ainsi que leurs familles.

Le cours vient appuyer les mesures mises en place pour répondre à l’Appel à l’action no 12 – de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), visant l’élaboration de programmes d’éducation de la petite enfance adaptés pour les enfants autochtones, afin d’améliorer la qualité des programmes, combler les lacunes en développement professionnel et soutenir le personnel grâce aux connaissances et protocoles autochtones.

Détails et inscription

Le Cadre pédagogique de la petite enfance de la Colombie-Britannique nous parle beaucoup d’écoute. D’écoute authentique, enracinée dans les relations, et dans une image de l’enfant comme compétent, capable et profondément connecté à son monde. Mais écouter les enfants, ce n’est pas seulement entendre leurs mots. C’est aussi porter attention à leurs gestes, à leurs émotions, à leurs silences… et à leur capacité de s’écouter eux-mêmes.

Quand on y pense, qu’est-ce qu’on apprend des enfants quand on prend vraiment le temps de les écouter?

Dans notre quotidien, il y a des moments très familiers : la collation, les pauses toilette, le temps de s’habiller pour aller dehors. Souvent, ces moments sont bien organisés, planifiés, encadrés. Et c’est normal, les routines peuvent sécuriser, autant les enfants que les adultes, et aider le groupe à bien fonctionner. Mais parfois, sans même s’en rendre compte, ces routines deviennent rigides. Et là, on peut se demander : est-ce qu’on laisse encore de la place à l’enfant pour sentir, nommer et respecter ce que son corps lui dit?

Quand on décide que tout le monde mange maintenant, que tout le monde va à la toilette, ou que le manteau est obligatoire pour sortir, quel message passe, même inconsciemment? Souvent, celui que l’adulte sait mieux que l’enfant ce dont son corps a besoin. Avec le temps, ces pratiques peuvent affaiblir l’intéroception (in, cette capacité si précieuse à ressentir la faim, la satiété, le froid, la chaleur ou l’envie d’aller à la toilette.

Pourtant, le Cadre pédagogique nous invite à soutenir l’autonomie, le bien-être et l’identité globale de l’enfant. Et ça inclut aussi la relation qu’il entretient avec son propre corps. Alors, dans quels moments faisons-nous confiance au corps de l’enfant?

Et dans quels moments avons-nous tendance à le contrôler?

Déconstruire certaines pratiques ne veut pas dire enlever toute structure ni abandonner notre rôle de protection. Il s’agit plutôt de changer de posture. Passer d’une approche plus autoritaire à une approche relationnelle. Observer davantage. Poser des questions. Être curieux. Accompagner l’enfant pendant qu’il apprend à se connaître.

Dans cette optique, la collation peut devenir plus souple, plus à l’écoute des rythmes individuels. L’habillement pour l’extérieur peut se transformer en conversation, en exploration : « Comment ton corps se sent aujourd’hui? As-tu chaud? Froid? Qu’est-ce qui t’aiderait? »
L’adulte reste présent, attentif, soutenant, mais sans invalider d’emblée le jugement de l’enfant.

Comme le dit si bien Carla Rinaldi (2006) : « L’écoute est une métaphore de l’ouverture et de la sensibilité à l’autre, de l’attention portée à ce qui n’est pas dit, à ce qui émerge entre les mots, les gestes et les silences. »

Écouter les enfants, dans l’esprit du Cadre pédagogique, c’est aussi écouter ce que leurs corps nous disent. C’est accepter de ralentir, de remettre en question certaines habitudes bien ancrées, et de reconnaître que le contrôle, même rempli de bonnes intentions, peut parfois faire taire la voix de l’enfant.

Cette réflexion est une invitation toute simple : observer autrement, réfléchir ensemble, essayer de petits ajustements. Chaque fois qu’on offre à un enfant l’occasion de faire confiance à son corps, on nourrit sa dignité, son autonomie, sa pensée critique… et la qualité de la relation que nous construisons avec lui. »

In Dialogue with Reggio Emilia: Listening, Researching and Learning – Rinaldi, C. (2006) – Routledge